Transplantation corallienne
Les réhabilitations de récifs coralliens, souvent pour des motifs économiques ou sociaux, sont devenues courantes dans de nombreux pays. Avec l'expérience, les techniques se sont perfectionnées et la transplantation des coraux est bien maîtrisée. Qu'en est-il en Polynésie française ? Une opération complexe
On ne déplace pas du corail, qui est un animal, comme on déplace un morceau de rocher inerte… Il faut mille précautions pour réimplanter des coraux tant ils se montrent exigeants sur les conditions de lumière, de température, de salinité, de propreté et limpidité de l'eau.
D'abord, où les prélever ? De préférence dans des sites où ils sont condamnés (par exemple par un futur remblai), ou là où ils seront réimplantés ensuite (concession hôtelière avant travaux), plutôt que dans le milieu naturel. Bien sûr, pour qu'ils acceptent le déménagement, le site d'accueil doit avoir des caractéristiques écologiques similaires au site d'origine, et le transport doit être précautionneux : sous l'eau, à profondeur constante, sans secousses…
À la fin du voyage, les coraux sont disposés sur des supports en béton, selon le rôle et les besoins écologiques de chaque espèce, puis fixés avec des résines. Leur croissance masquera ces structures artificielles munies de cavités et aspérités pour une meilleure imitation des récifs naturels (et un résultat plus esthétique). Suit la colonisation d'une multitude de poissons et autres espèces : les coraux transplantés ont créé un nouveau milieu de vie.
La réimplantation de colonies coralliennes est indiscutablement une affaire de spécialistes. On ne peut que déplorer l'absence de réglementation à l'heure actuelle pour ces opérations qui devraient se voir imposer des règles et protocoles garantissant la sauvegarde du milieu naturel.
Dans quels cas ?
En une dizaine d'années, la transplantation des coraux est passée du stade expérimental à celui de prestations sous contrat, dans le domaine public (abords de la place To'ata et de l'esplanade Bounty, marina Taina), ou privé (hôtels à Bora-Bora, Moorea, Tahiti). Les projets, coûteux, ne peuvent concerner que des cas précis avec des intérêts économiques importants : sauvegarde d'espèces menacées ou rares, restauration de zones dégradées et mise en valeur d'un site hôtelier (un jardin corallien constitue un attrait certain), mesures de compensation pour la destruction du milieu naturel (il peut s'agir d'engagements pris dans l'étude d'impact d'un projet de construction).
La transplantation n'est en revanche pas valable pour reconstituer des zones dégradées à grande échelle. Supprimer d'abord les perturbations (pollution, destruction directe…) puis laisser faire la nature serait une meilleure solution. Ou mieux vaut prévenir que guérir…
Des enjeux pour demain
On envisage par contre l'implantation de récifs artificiels destinés à la pêche. En offrant des refuges aux juvéniles, ils favoriseraient le repeuplement du lagon en poisson. Très envisageables selon les professionnels locaux, ils pourraient faire prochainement l'objet de recherches et d'essais. Les récifs artificiels ont déjà prouvé ailleurs leur efficacité pour la survivance de la pêche artisanale et le repos des zones naturelles, comme aux Philippines ou au Japon, où 80 % des prises artisanales se font sur récif artificiel.
Pour en savoir plus
CRIOBE - 56 13 45
Pae Tai Pae Uta, Bureau d'Etudes Environnement - 41 09 79 / 42 29 80
Carex Environnement - 42 54 34
