Tortue marine : toujours menacée
En Polynésie française, comme dans le reste du monde, la tortue marine est en danger d'extinction.La réelle menace ne vient pas des prédateurs animaux mais de l'homme, qui convoite la chair, les oeufs, le foie et la carapace de la tortue verte, qui n'est plus, comme aux temps anciens, réservée aux rois ou aux prêtres. Sacrée depuis l'origine des temps, considérée comme un don des ancêtres défunts, la tortue marque le début du calendrier lunaire qui gouvernait la vie polynésienne d'antan. Elle était dépecée et tuée sur le "marae" lors de grandes cérémonies rituelles. En dehors de ces évènements, il était interdit d'ôter la vie à une tortue sous peine d'être mis à mort à son tour. Avec la disparition de la tradition et le passage à une économie de marché, la chair de la tortue a fait l'objet d'un commerce intensif qui entraina la raréfaction de l'espèce.
Sur les huit espèces de tortues marines actuellement reconnues, trois sont rencontrées dans les eaux polynésiennes : la tortue verte ou Honu, la tortue imbriquée ou Honu afii moa aore ou Honu kea et la tortue luth ou Marena.
La tortue verte doit davantage son nom à la couleur verte de sa graisse qu'à la couleur de sa carapace. Pourchassée pour sa chair et ses oeufs depuis des années, elle fait l'objet d'un braconnage intensif qui alimente une activité commerciale illicite.
La tortue imbriquée intéresse les artisans pour sa carapace composée d'écailles imbriquées. Sa chair est en revanche réputée toxique.
La tortue Luth ne porte pas d'écailles mais est recouverte d'un épiderme gris-bleu dont l'aspect lui a valu le nom de "tortue cuir". Plus rare en Polynésie, la tortue Luth détient le record de plongé en étant capable de rester une demi-heure sous l'eau et dépasser les 1000m de profondeur. Elle est souvent victime d'occlusion intestinale due à l'absorption de sacs plastiques qu'elle confond avec les méduses.
Les tortue marines peuvent vivre entre 50 et 80 ans mais elles mettent plusieurs années à atteindre leur maturité (entre 20 et 50 ans selon les espèces) et à se reproduire. L'accouplement a généralement lieu non loin des côtes et les femelles se hissent hors de l'eau pour pondre sur la plage environ 4 semaines après. Elles pondent entre 50 et 150 oeufs, ce qui permet de compenser les pertes importantes infligées aux jeunes tortues par de nombreux prédateurs : crabes, oiseaux, chiens et poissons carnivores. Une fois dans l'eau, les jeunes tortues se laissent dériver en haute mer avant de rechercher des aires d'alimentation. Elles sont capables d'effectuer des milliers de kilomètres pour relier les zones de reproduction et celles d'alimentation.
Réglementation en Polynésie française
La Délibération N°90-83 AT du 13 juillet 1990 interdit toute l'année le transport, la dérention, la collecte des oeufs, la capture à terre ou en mer, la taxidermie, la commercialisation, l'importation et l'exportation de toute partie ou tout produit des 3 espèces de tortues marines présentes en Polynésie française.
L'Arrrêté N°1230 CM du 12 novembre 1992 prononce le classement des atolls Scilly et Bellinghausen en réserve territoriale sis dans la commune de Maupiti, ces sites de ponte constituant des lieux privilégiés pour la conservation des tortues marines.Comment protéger les tortues ?
La population en Polynésie française n'est pas encore consciente du danger qui menace les tortues marines. Il faut donc insister sur l'information et la sensibilisation pour que la réglementation soit comprise et respectée. De plus, l'effort de protection doit être régional. Il est en effet décourageant qu'une tortue protégée dans une île soit tuée dans une autre. Les stratégies de protection comportent des actions de terrain, comme le gardiennage des plages de ponte contre le braconnage ou le contrôle des bateaux de pêche et des goélettes, mais aussi des actions de lutte contre la pollution et la surexploitation des côtes.
Source : "La tortue marine"
une publication de la Délégation à l'Environnement
