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Pêche hauturière: sans organisation, point de salut

Le feuilleton continue, le drame s’épaissit avec une intrigue qui conserve les mêmes problématiques depuis quatre ans: des dizaines de navires immobilisés, des pêcheurs sans statut et sans motivation et une filière en mal de structuration. Le mot qui revient dans la bouche de tous les professionnels est le même: «organisation». En effet, sans organisation, point de salut, à condition que tout le monde joue le jeu…

Le feuilleton continue, le drame s’épaissit avec une intrigue qui conserve les mêmes problématiques depuis quatre ans: des dizaines de navires immobilisés, des pêcheurs sans statut et sans motivation et une filière en mal de structuration. Le mot qui revient dans la bouche de tous les professionnels est le même: «organisation». En effet, sans organisation, point de salut, à condition que tout le monde joue le jeu…

Le poisson est revenu depuis 2007, donc le spectre de la raréfaction de la ressource s’est éloigné. Maintenant, que la ressource n’est plus en cause, il faut s’attaquer aux problèmes de fond… 2008 est une année décisive: les pouvoirs publics semblent déterminés à «prendre le taureau par les cornes» pour sauver une filière sinistrée. Les pêcheurs sauront-ils, quant à eux, se regrouper pour le bien de tous?

2007: année du retour du poisson
La production totale a largement augmenté en 2007 avec 6 309 tonnes, un niveau de production proche de celui de 2003, après quatre années de chute ou
de stagnation au mieux. Le rendement global par lâcher (exprimé en poids de capture pour 100 hameçons posés) enregistre lui aussi une forte progression par rapport à 2006 (= 25%) qui touche également les deux flottilles (pêche fraîche et congelée). Sur les 93 palangriers détenteurs d’une licence de pêche, 64 ont été actifs en 2007, soit 7 unités de moins par rapport à 2006 (4 thoniers de pêche fraîche et 3 thoniers congélateurs). Les arrêts et reprises ont cependant été nombreux: 11 navires ont cessé leur activité dans le courant de l’année (4 thoniers de pêche fraîche et 7 thoniers congélateurs) tandis que 4 thoniers congélateurs ont repris ou débuté leur activité.
En moyenne, 50 navires ont été simultanément actifs chaque mois, mais seulement 38 unités ont été actives plus de 10 mois dans l’année. Mais, malgré la nette embellie des captures en cours d’année, les rendements globaux et ceux en thon germon enregistrés en 2007 restent respectivement inférieurs d’un tiers et un quart à la moyenne des années antérieures (pour les années 1993 à 2003: respectivement 51 kg/100 hameçons et 28 kg/100 hameçons). La reprise est amorcée et, pour 2008, la tendance est également positive. Il faut donc organiser l’écoulement de la production. «Les rendements sont bons, les prix aussi depuis le début de l’année. Et pourtant de nombreux pêcheurs sont actuellement en cessation de paiement…», constate Christophe Missélis, conseiller technique au Ministère de la Mer.

Gestion de crise: de la trésorerie, sinon rien
2008 fut une année tumultueuse pour la pêche hauturière, avec la discussion de nombreuses pistes d’action, jugées vitales pour relever la filière et permettre aux armements de repartir pêcher. Le 3 juillet 2008, une commission spécialisée, composée de représentants de la profession, a été créée pour réorganiser la filière, point de départ d’une véritable volonté politique de s’investir activement aux côtés des producteurs. Les réflexions des professionnels - auxquels se sont joints le Ministre de la mer et le Service de la Pêche - portent essentiellement sur la création d'une organisation de producteurs et sur la restructuration du fonctionnement du Port de Pêche de Papeete. L’objectif principal est de mettre en place un système permettant aux pêcheurs de travailler et de dégager la trésorerie nécessaire pour remettre les navires à flot et reprendre la mer.

Vers une organisation de producteurs
L'Organisation des Producteurs (dite «OP») telle qu'elle a été envisagée par la commission aura pour but de regrouper les professionnels autour d'une structure qui leur permettra notamment de négocier une diminution des charges (gasoil, appâts, matériels de pêche...) par le biais d'appels d'offre ou d'une centrale d'achat. Elle a pour objectif également une meilleure commercialisation du poisson, aussi bien localement qu'à l'export, l'ensemble de la production étant pris en charge par l'OP. Troisième objectif affiché: bénéficier d'un prix minimum de vente du poisson à la criée, sur le marché local et à l’export, afin d'optimiser la rentabilité de chaque campagne de pêche et surtout d'être payé dans des délais plus courts, ce qui favoriserait un départ rapide pour une autre campagne de pêche... Concernant l'organisation du Port de Pêche de Papeete, le passage à la criée devra donc être rendu obligatoire afin d'opérer une régulation des débarquements et une planification précise des campagnes de pêche; il s’agira encore de réactiver la commission des usagers du PPP dont l’objet serait de faire régulièrement le point sur le fonctionnement du port et sur les investissements à réaliser.

L’union, seule condition…
Toutes ces mesures devraient permettre de redynamiser l'activité d’un secteur sinistré qui va devoir se relever de quatre années de crise sévère. Elles rentrent en tous les cas dans le cadre d'une volonté du Ministre de la Mer, Temauri Foster, «d'apporter des éléments tangibles pour que la profession se redresse» et «d'assurer un développement durable de la filière». Mais cette organisation de producteurs ne pourra fonctionner qu’à une seule condition: l’adhésion de tous. En effet, l’organisation prévue par le Ministère n’est pas si facile à mettre en place dans un système où chacun (producteurs et mareyeurs) avait pris l’habitude de vendre et d’acheter de manière anarchique à l’arrivée des navires! «C’est le plan, ça fonctionne parfaitement sur le papier.
Du côté des producteurs, 80% sont d’accord mais, ça change tous les jours! Certains pensent que ça ne va jamais marcher. Faire du «black» arrange beaucoup de monde! Mais désormais, l’OP décidera. La criée est l’outil des producteurs en priorité. Ils doivent utiliser les outils mis à leur disposition», conclut Christophe Missélis. De nombreux chantiers sont donc en cours et la route est encore longue pour fédérer l’ensemble des acteurs… Avec la mise en place de formation de capitaine et du statut du pêcheur (voir encadré), les équipages devraient retrouver la motivation et retourner travailler dans un secteur qu’ils avaient déserté, faute de conditions de travail favorables.

FORMATION ET STATUT DU MARIN-PÊCHEUR: ÇA AVANCE

Depuis des années, la formation des marins-pêcheurs «pêche» par un déficit de capitaines. Mais, là aussi, 2008 amorce un virage. Avant la fin de l’année, deux formations «BC 200 Module Pêche» (Tronc commun commerce - certificat de capacité - 1 semaine) et une «BC 500» (Patron à la pêche - 2 mois et demi) vont permettre à trois promotions de 15 personnes de suivre une formation; elle sera complétée par un ou deux ans de stage embarqué pour devenir capitaines. L’Institut de Formation Maritime Pêche et Commerce (IFMPC) sous-traite ces modules pêche au Fare Tautai. Ces formations seront complétées par la mise en place d’un carnet maritime permettant de valider la formation de navigation. Le statut du marin-pêcheur en discussion depuis des années avance également. Les pêcheurs seront affiliés au Régime Général des Salariés, à la suite d’une décision du Conseil d’état, avec un salaire minimum garanti. Les charges afférant à ce nouveau système feront l’objet d’un dispositif de type DARSE pour aider les employeurs à les supporter.