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Perle de TAHITI : peut mieux faire


Après plusieurs années de difficultés, les résultats enregistrés en 2005 semblaient indiquer une claire embellie avec une augmentation de 20,3 % du prix moyen à l’exportation. La perle de Tahiti semblait repartir sur des bases plus saines en termes de production notamment. En 2006, le prix moyen a rechuté légèrement et la filière se cherche toujours.

Le nombre de perles officiellement exportées, donc contrôlées par le Service de la Perliculture, est passé de près de 5,9 millions en 2005 à 6,5 millions en 2006, pour un poids quasi identique de 9 tonnes. En 2006, les produits perliers ont généré 12 milliards de Fcfp de recettes à l’exportation (soit 76 % des exportations totales) contre 12,8 milliards en 2005 soit une baisse de 6,2 %. Plus de perles ont donc été vendues mais moins chères…

Des taux de change défavorables

En effet, le prix moyen obtenu au gramme, qui avait atteint son plus haut niveau depuis cinq ans en 2005 (1 461 Fcfp) et s'était accru de moitié (+46%) en trois ans, est redescendu légèrement en 2006 (1 437 Fcfp soit –1,6 %). Nous sommes encore bien loin du prix auquel le directeur du GIE Perles de Tahiti, Martin Coeroli, entend bien le porter à court terme à 1 700 Fcfp/gr...
Ces chiffres sont cependant à analyser prudemment, par catégorie et par marchés. Comme le précise Martin Coeroli: «Cette baisse est à relativiser car elle résulte en grande partie de la baisse par rapport à l’Euro de la parité du Yen de 6,3 %, du HK $ de 0,9 % et du US $ de 1 %, des monnaies dans lesquelles sont réalisées plus de 80 % de nos ventes». En effet, en valeur US $ et Yen, les exportations de 2006 sont quasi identiques à celles de 2005. «Le problème est l’Euro de plus en plus fort qui ne favorise pas l’export car depuis 3/4 ans la valeur de l’Euro a pris 50 % de plus par rapport au US $. Nous sommes au seuil critique.»

Ouvrages en perles: en hausse mais…

Alors que les ventes de perles brutes ont baissé de 10,4 %, les ouvrages en perles pour leur part ont plus que doublé en valeur à l’exportation (945 millions en 2006), dynamisés par le système d’entreprises franches mis en place en 2005 (8 entreprises concernées en 2006). Il apparaît cependant que les incitations du pays aux entreprises franches (exonération de droits et taxes pour le matériel servant à la confection des ouvrages et détaxe sur les ouvrages exportés) n’aient pas réellement joué leur rôle de valorisation du produit. Ces mesures auraient en effet surtout profité aux perles de qualité moyenne et faible. Comme le souligne le directeur du GIE Perles de Tahiti, «Les entreprises franches ont indéniablement stimulé l’exportation d’ouvrages, mais le prix moyen de ces ouvrages est inférieur au prix moyen des perles brutes de 30 %. Ce qui n’implique pas une valorisation! ». Et ce, sur tous les marchés à l’exception du marché américain où le cours moyen des ouvrages est cette fois de 146 % supérieur à celui des perles brutes, impliquant donc une vraie valorisation. «Les entreprises franches n’ont aucun effet positif sur les exportations globales car le montant des importations des perles brutes et ouvrages est identique à l’année 2005. Nous avons juste assisté à un déplacement d’une catégorie vers l’autre.»


Le Japon, toujours première place de négoce

Les perles de culture de Tahiti sont principalement exportées vers Hong Kong (48,4%), qui a supplanté le Japon en 2006 (41,4% soit environ 5 milliards). Le prix moyen au gramme des perles achetées à Hong Kong est de 1 604 Fcfp contre 1 370 Fcfp pour le Japon, indiquant que les perles achetées en Chine sont de qualité supérieure. Cependant, la pole position de Hong Kong est à nuancer: en effet, plus de 3 milliards de Fcfp des perles qui y sont achetées le sont par des grossistes japonais, donc la part du Japon se chiffre en fait à plus de 8 milliards de Fcfp, le plaçant encore en tête des marchés émetteurs. «L’ampleur prise par Hong Kong est purement technique, car c’est là-bas que se déroulent les ventes aux enchères internationales de Robert Wan et Poe Rava Nui», explique Martin Coeroli.

A contrario, le marché américain - même si le montant des importations directes a diminué de 4,6 % - connaît une meilleure valorisation (542 millions de produits perliers importés directement). De plus, on estime qu’indirectement ce marché représente 5 milliards de Fcfp en totalisant ce qui est racheté au Japon et à Hong Kong. «La progression des prix moyens aux Etats-Unis traduit l’impact bénéfique des opérations de promotion des ventes auprès de nos partenaires, fabricants et détaillants américains. Nous intervenons directement sur le marché de consommation qui est un marché mature. On ne constate pas le même impact au Japon et à Hong Kong, places de négoce dépendant des autres marchés tels que les Etats-Unis et l’Europe.»

D’autres marchés s’affirment depuis 2005/2006: le Moyen-Orient, Dubaï, l’Inde et l’Amérique du Sud. L’Inde en particulier, nouvelle cible de la promotion, représente le premier marché mondial de la bijouterie (10 milliards US $). Les perles de Tahiti qui y sont vendues représentent un chiffre d’affaires de 4 millions US $ venant principalement des ventes aux enchères de Tokyo et des grossistes japonais. Ce marché est en fort développement et une campagne de promotion a été menée en décembre 2006 par le GIE Perles de Tahiti avec la visite aux principaux médias et bijoutiers.

La recherche au secours de la perle

Le département recherche du Service de la Perliculture poursuit quant à lui ses travaux en vue de l’amélioration des procédés liés à l’industrie perlicole, en collaboration avec l’IFREMER qui coordonne de nombreux programmes. Parmi ces derniers: l'amélioration des techniques d'écloserie et de production d'huîtres perlières triploïdes (dont le taux de mortalité est inférieur car elles sont plus résistantes), la lutte contre le parasite que représente l'anémone et le traitement à l'ébouillantage, l’étude de discrimination des larves d'huîtres perlières, le programme sur l'écologie larvaire de l'huître perlière, la prise en charge du réseau de veille zoosanitaire, le programme sur le déterminisme génétique des couleurs, la lutte contre la prédation. En 2006-2007, la recherche commence à sortir de l’ombre et du secret. «Les résultats commencent à être exploitables. Nous avions fait auparavant beaucoup de recherche fondamentale. La recherche a toujours été sensible car les professionnels craignaient les concurrents du Pacifique qui ont des coûts de main d’oeuvre plus bas», explique Sandrine Talfer, chef du Service de la Perliculture.

Le gel de l’octroi de concessions maritimes a été suspendu en 2006 et les lagons ont été partiellement rouverts au collectage. Une centaine de nouvelles concessions ont été accordées en 2006 et le gel a été de nouveau décidé à partir de septembre 2007 pour une année. En effet, pour la responsable du Service de la Perliculture, la réouverture des lagons n’est pas forcément une bonne chose. «Le fait de rouvrir partiellement les lagons a fait un appel d’air et laisser croire à une augmentation de la production que l’on ne verra que dans un an. On commence à voir les prix baisser.»

Commercialisation: encore trop peu structurée

Si l’amélioration de la qualité de la production a été la priorité des autorités polynésiennes depuis 2002 avec les actions mises en place pour le contrôle de la qualité (nouvelle classification, contrôle des perles exportées, rachat et élimination des rebuts), maintenant, l’impératif est de structurer la production. «Nous pouvons contrôler la qualité et la production en nous déplaçant dans les fermes, en plongeant sur les concessions, mais tant qu’on ne s’attellera pas sérieusement à la commercialisation, on ne s’en sortira pas!», continue Sandrine Talfer. Comment structurer la commercialisation? «En encourageant les perliculteurs à s’associer et c’est ce que nous faisons depuis 5 ans.»

Pour Martin Coeroli, la solution est de se différencier, face à la concurrence des autres pays producteurs de perles: «Nous sommes dans une phase de différenciation. Il faut véritablement que nous attestions de notre différence, c’est le seul moyen de survivre à cette guerre commerciale internationale.» L’appellation d’origine, dont le projet de loi de Pays est rédigé et doit passer à l’Assemblée, peut être une piste, mais selon le directeur du Groupement, «le marketing fera toute la différence, même au termes des appellations d’origine; une certification inconnue ne sert à rien.» D’autres projets conséquents sont en attente, faute de décision et de coordination (Maison de la Perle, fonds de garantie interbancaire…), et d’eux dépend une meilleure structuration de la commercialisation

ÉVOLUTION DES EXPORTATIONS DE PERLES BRUTES
       
  Tonnage exporté Valeur (MFcfp) Prix moyen (Fcfp/g)
2004 9,1 11,1 1 215
2005 8,4 12,3 1 461
2006 7,7 11 1 437
       
variation 2005/2006 -8,9% -10,4% -1,6%
       
Chiffres ISPF