L'amarrage
Rafale vicieuse, vitesse mal adaptée, gaffe qui se cache ou amarre qui s'emmêle et voilà votre arrivée au port devenue grand spectacle. Pourtant, la satisfaction d'une belle manœuvre réussie en toute discrétion sans même que les voisins en soient conscients vaut la peine qu'on y réfléchisse…
Très rare, la manœuvre modèle, réalisée sans cris ni heurts, avec doigté et sérénité, nécessite de l'anticipation, une bonne coordination de l'équipage, et beaucoup d'entraînement…
L'anticipation, clé de la réussite
Indispensable pour réussir sa manœuvre : une communication claire entre barreur et équipiers. Si celle-ci se fait par gestes (signes amples et clairs préalablement mis au point), cela sera toujours plus chic que des hurlements. Avant l'action, le plan de manœuvre a été expliqué : il est clair pour tout l'équipage.
Il est préférable de finaliser la préparation du bateau assez tôt car plus le port approche et plus l'attention est accaparée par la manœuvre à venir.
Une fois sur place, la principale difficulté est de doser sa vitesse. Réduite, pour pouvoir s'arrêter sans buter dans le ponton, suffisante, pour rester manœuvrant, sachant qu'idéalement, on arrive au point mort sur l'erre du bateau ! Un compromis difficile à trouver… Pour s'y aider, on préfèrera, si possible, arriver en marche avant, face au vent (et au courant). Pour les départs, on larguera en dernier l'amarre au vent et on s'en servira (moteur embrayé) pour guider ou faire pivoter le bateau au tout début de la manœuvre.
Il est indispensable de rester prêt à toute éventualité : l'entrée dans un port, même connu, peut réserver des surprises en cas de changement dans l'environnement… La solution est à réinventer chaque fois, et surtout, jamais dans la précipitation : c'est raté ? refaites un tour et recommencez depuis le début.
Connaître son bateau
En marche arrière, la plupart des bateaux ont un sens favorable et un sens défavorable à cause du pas de l'hélice. Il faut le connaître et en tenir compte, tout comme la manœuvrabilité du bateau et son inertie… Rien ne vaut une séance complète d'essais dans un endroit calme pour se familiariser avec ces données ! Cela permet ensuite de prévoir des manœuvres en adéquation avec les capacités du bateau, et d'éviter de tenter un créneau serré avec un bateau qui s'obstine à reculer en ligne droite… Comme pour tout, l'expérience est reine : entraînez-vous !
S'amarrer
Dans les ports de Polynésie, l'amarrage est souvent perpendiculaire au quai ou au ponton (avec pendille). L'amarrage doit être assez raide pour empêcher au bateau de faire des allées et venues qui tiraillent les points d'amarrage parfois jusqu'à la casse. Le long d'un quai, il faut amarrer très raide pour ne laisser aucun jeu au bateau. Passer les amarres en double permet de donner rapidement du mou et facilite le largage au moment de l'appareillage.
Les règles de l'art
- anticipation : observer la force et la direction du vent, éventuellement du courant, connaître l'inertie de son bateau…,
- préparation : les amarres, les défenses (garder un pare-battage volant pour les imprécisions), la gaffe sont prêtes, le pont est dégagé,
- repérage : approcher pour repérer la place, la hauteur à laquelle il faut placer les défenses…,
- prudence : contacter le port par VHF, consulter le plan et les Instructions Nautiques dans le cas d'un port inconnu, installer un mouillage prêt à larguer à l'avant.
Communication claire et répartition précise des rôles
- en nombre suffisant (au moins trois sur chaque côté) et pas trop petites,
- à la bonne hauteur (ajuster selon la configuration du quai et la forme du bordé, et sans qu'elles trempent dans l'eau),
- attachées à la base des chandeliers (ou à la filière du milieu) plutôt que sur la filière supérieure : le ragage est moindre, les mouvements pendulaires des défenses ont moins d'amplitude.
Bien attacher ses défenses
Mouiller par l'arrière
Selon les possibilités du bateau, il peut être intéressant d'installer un mouillage à l'arrière. Se ranger à un quai en se glissant entre des bateaux déjà amarrés se fait toujours en mouillant par l'avant et en reculant (jamais facilement) vers sa place. Imaginez la même manœuvre en marche avant avec un mouillage arrière : on voit clair, on connaît bien les réactions du bateau, il se dirige bien, l'étrave se glisse facilement entre les bateaux à quai…


