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Réparer un voilier en acier témoignage de Stéphane Poulhu:
”j’ai retapé une épave…”


«C’était un beau matin de janvier, j’avais décidé de quitter la Polynésie…
Tout simplement ”fiu”.

Alors que je me dirigeais vers l’agence Air France, j’ai croisé un ami sur le quai des yachts qui m’a parlé d’un voilier à l’abandon. Un voilier!!!! 12 mètres en acier, construit chantier à Dunkerque, en 1986, modèle «Rêve des Seychelles», pas cher…

”Au bout du ponton, il est là, délabré par l’usure du temps et la solitude, une allure de vaisseau fantôme, il me plaît tout de suite.
A l’intérieur, c’est une autre histoire, une odeur indescriptible. Il sent la fin, la gangrène.

La rouille a fait son oeuvre, de l’eau dans les fonds, de la moisissure partout. Je réalise vite que le bateau est proche de couler, comme ça, bêtement dans un port, lui qui vient de l’autre bout du monde. C’est trop dommage….

Devant moi, se profilaient des mois de boulot, avec un seul objectif en tête, le sauver d’une fin stupide…

Trois semaines plus tard, le convoyage vers le chantier s’est bien passé, malgré le moteur en panne et le safran bloqué dans l’axe. La solidarité des voileux du ponton a joué et je suis à sec. ”Morgann” (c’est son nom, comme le pirate) aussi, avec des centaines de kilos de tout l’écosystème corallien solidement arrimé à sa coque. Il n’a pas coulé, quel soulagement. Maintenant, plus moyen de reculer, l’enfer commence!”

● 2 heures de Karcher à 5 000 Fcfp l’heure n’ont pas été suffisantes pour le débarrasser de tous les coquillages et autres morceaux de corail. Il faut donc y aller à la main, au grattoir sur 12 mètres de coque qui apparaît enfin après plusieurs heures d’effort…
Diagnostic: pas très encourageant, des trous partout, de la corrosion perforante à tous les étages. Je le savais, mais j’espérais un miracle!

● Disquage total de la coque au disque abrasif n°80, équipé comme un cosmonaute, masque sur les yeux et le nez, gants et tenue protectrice. Des milliers de particules d’acier volent dans tous les sens. Ca n’avance pas très vite, il faut être précis et ne pas trop attaquer la coque. Il fait chaud, la disqueuse pèse lourd, ce n’est pas le moment de flancher. Ce n’est que le début et je n’en vois le bout que 5 jours plus tard.

”Morgann” est maintenant tout nu devant moi et j’ai à présent une idée plus précise de l’étendue des dégâts.
Il faut souder une grande partie de la coque, mais rien ne me paraît plus impossible. De toute façon, je ne sais pas encore souder!

Avant tout, il me faut arracher les aménagements intérieurs du voilier. En effet, il faut un accès total à la coque pour pouvoir déceler toute trace de corrosion et éviter l’incendie au moment de la soudure. La fusion s’opère - magiques instants - comme une résurrection de mon vieux bateau.

Déjà 10 jours de chantier, «Morgann» n’a plus la même allure, il est prêt à passer en peinture. Un gallon de primaire à 9 000 Fcfp, deux gallons de primaire bicomposant époxy à 14 000 Fcfp, un gallon de peinture polyuréthane pour la coque à 4 500 Fcfp: me voici armé, au meilleur prix!

Pas de temps à perdre, l’acier doit être le plus rapidement possible recouvert d’une couche de protection, au risque de voir réapparaître la rouille. On appelle cela le «flash rust». Juste quatre heures pour appliquer le primaire époxy, une pâte épaisse difficile à étaler.

Ensuite, c’est plus simple, la peinture et l’antifouling s’effectuent comme sur tous les autres bateaux: un léger ponçage de la coque, et on applique la peinture en couches croisées. Trois couches de primaires époxy, deux couches d’antifouling ABC 4 matrice dure pour une plus grande longévité. J’avais prévu d’attaquer la peinture de la coque au-dessus de la ligne de flottaison mais la pluie et le mauvais temps reviennent, il est temps de remettre ”Morgann” à l’eau.

Je n’ai toujours pas de moteur, mais le safran est débloqué, je vais pouvoir reprendre la mer, du moins retourner au ponton et attaquer le vaste chantier intérieur. ”Morgann” sera ma maison pour quelques temps encore, plus question de partir maintenant que ce bateau est là, comme la promesse d’une future vie d’aventures.» ■