Ça leur est arrivé…
Les choses les plus inattendues peuvent arriver en mer… Selon la réaction de chacun et son équipement, notamment en matériel de sécurité, elles peuvent virer du simple incident au drame. Ces deux témoignages nous le rappellent. Merci à Guy d'avoir accepté de raconter sa mésaventure et d'en avoir tiré quelques recommandations valables pour tous ; merci au MRCC d'avoir bien voulu nous livrer le second récit, avec son analyse.
Un chargement de nacres jeté à la mer…
"Je faisais un transfert de nacres entre Takapoto et Fakarava, soit environ 50 miles nautiques. J'avais un chargement de 9 648 nacres en paniers accrochés autour du bateau. Normalement je fais ça tout seul, mais là j'avais un neveu avec moi. Je savais qu'il y avait un coup de maraamu annoncé dans la nuit, mais d'après mon calcul, je devais arriver vers 18h, donc avant. J'ai prévenu ma femme que je quittais, vers 11h. Vers 13h, à 20 nautiques d'Aratika, le moteur est tombé en panne. Je n'ai pas pu le redémarrer. J'ai essayé d'appeler sur la VHF pour des secours. Vers 13h15, j'ai déclenché ma balise de détresse et j'ai jeté l'ancre flottante. Avec mon GPS, j'ai pris ma position à chaque heure pour contrôler ma dérive. C'est comme ça que je me suis aperçu que je partais en arrière.
À 16h, les secours ne venaient toujours pas malgré la balise de détresse, je ne comprenais pas pourquoi. On a commencé à mettre les nacres dans l'eau pour les garder en vie. Vers 20h30, le coup de vent annoncé a commencé à se lever. À 23h44, on a reçu une très grosse lame dans le bateau, et 5 mn après, encore une. Le bateau a failli chavirer et on a vraiment eu une énorme frayeur. À cause du chargement et du bateau qui restait parallèle aux vagues, on embarquait de plus en plus d'eau. J'avais confiance en mon bateau, un poti de 22 pieds insubmersible, mais devant le danger pour nous, j'ai pris la décision d'abandonner les nacres… Tout le chargement, en quatre coups de couteau ! Il y en avait pour environ 800 000 F… J'ai dit à mon neveu "Nous avons de l'eau, de la nourriture, du linge, il n'y a pas de problème. Et si demain matin, à 8 h, il n'y a pas de Gardian, c'est que nos familles n'ont rien fait pour nous deux !".
À 5h du matin, j'ai pris la position et constaté ma dérive. À 6h45, on a eu le contact VHF avec le Gardian. J'ai remis mon GPS, et j'ai donné ma position exacte à l'avion. Il est arrivé sur nous, il est passé à 400 m à gauche et il ne nous a pas vus ! Je lui ai redonné ma position et là, j'ai pris le miroir, j'ai renvoyé un rayon de soleil et ils nous ont vus !…
Après, on leur a signalé qu'on avait pour 3 jours de vivres et qu'on avait juste besoin d'être remorqués. Vers 10h, le bateau qu'on nous avait envoyé depuis Takapoto était là pour nous remorquer."
Ce que Guy en retire
- Quand j'ai vu l'avion arriver, je me suis dit "avec ma position exacte et mon bateau rouge et jaune, il va me trouver tout de suite". En fait, c'est pas évident pour l'avion de repérer un bateau, surtout quand il fait mauvais ! Donc c'est important d'avoir des moyens de signalisation (miroir, fusées…).
- On était bien content d'avoir des vivres et de l'eau. Je prévois toujours beaucoup de bouteilles d'eau. Là, ça a vraiment servi.
- Il faudrait équiper tous les bateaux avec un GPS. C'est vraiment quelque chose d'utile. Ça donne la position, les distances par rapport à chaque île. Quand on se déplace d'un atoll à l'autre, même si on n'a pas le permis, il faut au moins être équipé du matériel de sécurité et d'un GPS.
Erreurs qui auraient pu coûter cher
- Le navire était en surcharge, ce qui l'a défavorisé quand la mer est devenue mauvaise.
- La balise de détresse de Guy n'était pas une balise SARSAT-COSPAS (voir : La balise de détresse). Elle était dite "compatible", mais n'a pas été captée par les satellites !
- Guy a pris la météo, ce qui est un bon point. Mais peut-être a-t-il "joué un peu serré" et aurait-il dû partir après le coup de vent.
- Le poti marara est souvent utilisé pour les trajets entre les îles. Mais attention aux distances et aux conditions de mer que peuvent supporter ces bateaux.
Bons points
- Les familles étaient au courant de la navigation et des horaires prévus de départ et d'arrivée. Leur inquiétude a permis de déclencher les recherches.
- Le bateau était équipé avec plusieurs moyens de communication complémentaires : VHF (qui a permis la communication de proximité avec l'avion), fusées de détresse, miroir...
- Guy avait suffisamment de carburant, des vivres et de l'eau pour survivre au moins 48 h, et des gilets de sauvetage.
- Grâce au sang-froid de Guy, il n'y a eu aucune panique et les bonnes décisions ont été prises. Grâce au GPS, Guy connaissait toujours sa position : s'il passait à proximité d'une île, il l'aurait su et aurait pu tenter un contact.
Un blessé grave évasané…
Un navire de pêche industrielle de haute mer, basé à Papeete, est parti pour 2-3 mois dans le secteur nord Tuamotu / Marquises. Un requin, pêché involontairement, vient de débarquer sur le pont. En essayant de l'écarter, un des marins pêcheurs se fait happer le bras gauche par le requin. La blessure est grave. Les premiers soins sont prodigués par l'équipage avec la pharmacie du bord. Le capitaine prévient son armateur de l'accident lors de leur contact quotidien. L'armateur appelle alors le MRCC pour une "aide à la médicalisation".
Le MRCC met le navire en relation avec un "médecin régulateur" qui se trouve à Toulouse, au Centre de consultation médicale en mer qui assure une permanence 24 h/24. Le médecin, qui connaît les types de pathologies liées aux accidents en mer, évalue la situation et le niveau d'urgence. Pour lui, l'état du marin est critique : "soit il perd son bras, soit il perd la vie". Mais l'évacuation pose problème car la première île se trouve à 24 heures de mer.
Une assistance médicale doit donc être fournie. Le Gardian est envoyé sur place pour larguer, au moyen d'un parachute, un container médicalisé contenant l'ordonnance du médecin. Les soins sont prodigués par le Patron de pêche jusqu'à l'île la plus proche (Rangiroa) : les bandages permettent de stabiliser l'état du blessé. Sitôt arrivés, le SAMU prend le relais pour organiser à terre l'accueil du patient puis son évasan par avion jusqu'à Mamao. Le marin peut être opéré, et son bras sauvé.
Bons points
- Un bel exemple de solidarité des gens de mer malgré le grand nombre d'interlocuteurs (armateur, MRCC, Centre médical de Toulouse, Centre Médical des Armées de Tahiti pour les médicaments, Gardian, SAMU, CPS…).
- Il y avait un moyen de communication direct entre le navire et l'armateur, et entre l'armateur et Toulouse. À noter que si le navire avait été équipé avec l'Inmarsat, la communication aurait pu se faire directement avec le Centre médical à Toulouse.
- Avoir toujours une trousse de secours pour les premiers soins.
