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Technique


Plongées aux mélanges : de nouveaux horizons

La plongée est aujourd'hui une activité qui s'adresse à un public très divers. Les écoles dispensant un enseignement de type "militaire" sont de plus en plus rares, les élèves recherchant dans la plongée la possibilité de découvrir l'environnement sans avoir à réaliser le parcours du combattant. Les techniques ont évolué, et depuis quelques années la plongée aux mélanges pointe le bout de son nez en Polynésie française.

Contrairement aux idées reçues, les blocs de plongées ne sont pas remplis avec de l'oxygène mais avec de l'air composé à 79% d'azote et 21% d'oxygène. L'oxygène est consommé par l'organisme, l'azote n'ayant aucune fonction métabolique. Lorsque le plongeur s'immerge, la pression partielle de chaque gaz composant l'air respiré augmente, l'oxygène est toujours consommé en partie par l'organisme tandis que l'azote sature le corps du plongeur. À la sortie de l'eau, le corps du plongeur est chargé de bulles d'azote qu'il éliminera totalement en vingt-quatre heures. L'azote est aussi responsable des quelques accidents de plongée qui font les gros titres des journaux, appelés accidents de décompression. Le fait de réduire le pourcentage d'azote dans le mélange gazeux respiré par le plongeur, limitera ses risques d'accidents.

Le "Nitrox" (néologisme signifiant mélange de nitrogène/oxgygène) ou mélange enrichi, diminue les risques liés à l'azote en augmentant la quantité d'oxygène dans le mélange respiré par le plongeur. Son pourcentage sera donc supérieur à 21% et celui d'azote inférieur à 79%. Les mélanges les plus utilisés sont les Nitrox 32 et Nitrox 36, contenant respectivement 32% et 36 % d'oxygène.

    Du plongeur débutant au plongeur avancé, le Nitrox offre de nombreux avantages :
  • Risque d'accident réduit.
  • Temps d'immersion sans palier plus important.
  • Intervalle de surface réduit: Il faut normalement attendre 24 heures après sa dernière plongée pour prendre l'avion. Enrichir le mélange en oxygène permettra de réduire cet intervalle de surface, de plonger le matin et prendre l'avion le soir même. Les week-ends plongés sont optimisés.

Des organismes de formations spécialisés dans la plongée aux mélanges comme TDI (Technical Diving Internatioanl) ou plus généraliste comme PADI, propose des cursus accessibles dès le premier niveau de plongeur:

Le Nitrox

Le plongeur Nitrox de base peut plonger avec un mélange enrichi jusqu'à 40% d'oxygène. La formation est accessible dès le niveau 1 de plongeur ou Open Water Diver et se résume à une information théorique, les nouvelles règles de sécurités à adopter avec ce mélange, les marquages et analyses à effectuer avant la plongée et une ou deux plongées au Nitrox.

Comment se déroule une plongée au Nitrox ?

Très simples : Les blocs de plongée portent un étiquetage et un code couleur spécifique. Le plongeur doit analyser le mélange, vérifier que le pourcentage d'oxygène est conforme à celui figurant dans le cahier de gonflage. Il doit également calculer la profondeur maximale à laquelle le mélange doit être utilisé (des tableaux pré-calculés sont à la disposition des plongeurs dans tout le Centre de plongée Nitrox). Ces informations et son nom doivent figurer sur le bloc.
En résumé : un peu plus de rigueur accessible à tous pour plus de sécurité.

Après quelques plongées au Nitrox, il est possible de passer le niveau "plongeur Nitrox Avancé". Ce niveau s'adresse à des plongeurs Advanced Open Water ou Niveau II. Il permet d'utiliser des mélanges enrichis en oxygène jusqu'à 100% et d'optimiser sa plongée en utilisant plusieurs mélanges en immersion. En complément de la formation "Procédure de Décompression", le plongeur Nitrox Avancé pourra également optimiser sa décompression. Il pourra ainsi calculer le mélange optimum par rapport à sa profondeur d'évolution, calculer la décompression qui en découle et en fonction de sa consommation moyenne de gaz par minute, choisir les blocs de plongée les plus appropriés.

Une plongée à 40 m ? Facile, Nitrox 32 au fond et Oxygène pur au palier. La plongée est optimisée en termes de décompression par rapport à cette même plongée à l'air.

Plongées profondes à l'air et aux mélanges ternaires

Beaucoup de plongeurs souhaitent battre des records de profondeur et négligent toutes les règles élémentaires de sécurité.

Plonger profond nécessite un apprentissage spécifique et un matériel adéquat.

L'air permet d'atteindre des profondeurs de l'ordre de 60 mètres. La toxicité de l'oxygène est réelle au-delà de cette limite et la narcose (ou ivresse des profondeurs) est déjà bien présente depuis la zone des 40 mètres. Il est toutefois possible pour des plongeurs confirmés et en bonne condition physique d'évoluer dans cette zone. Les eaux polynésiennes sont d'une clarté rassurante, mais plonger profond nécessite une formation spécifique et un matériel irréprochable. Les plongeurs Rescue Diver ou Niveau III peuvent suivre un cursus de formation de plongeur profond à l'air ou "Extanded Range Diver". Ce plongeur pourra aller jusqu'à 55 mètres à l'air et utiliser des mélanges de décompression suroxygénés, avec une configuration matérielle étudiée pour cet espace d'évolution.

Les risques liés à la plongée profonde à l'air sont importants. Le risque d'essoufflement est une des première cause d'accident car le poids de l'air à cette profondeur rend difficile la ventilation.
Pour limiter ces risques, il est possible d'ajouter de l'hélium dans les mélanges respirés tout en gardant 21% d'oxygène pour des plongées jusqu'à 60 mètres. Il y aura donc moins d'azote et le poids du gaz respiré sera moins important que l'air. Les risques d'essoufflement seront ainsi bien moins importants.
Le plongeur trimix de base devra être Rescue Diver ou Niveau 3 et avoir suivi une formation Nitrox avancé.

Plonger profond avec de l'air est certes moins cher mais à quel prix ? Les mélanges ternaires sont aujourd'hui accessibles, nécessitent une formation spécifique, coûtent plus cher, mais permettent de limiter de façon significative les risques d'essoufflement et d'évoluer à 60 mètres sans goûter les " joies de la narcose ". Le trimix élémentaire peut être résumé simplement : sécurité en profondeur et profiter pleinement de sa plongée.

La vie corallienne est exubérante dans la zone des 20 mètres. Pourquoi descendre plus profond ?
Les profondeurs recèlent une vie différente. Les rencontres avec les gros prédateurs sont plus communes au-delà de 20 mètres. À partir de 60 mètres, de nouveaux horizons inexploités sont ouverts aux plongeurs. La technicité des plongées jusqu'à 100 mètres requiert une approche de la plongée très différente. Bi-bouteilles dans le dos, mélange "travelo", mélange de décompression : 4 blocs de plongée rendent les plongeurs Trimer Avancé peu mobile, mais lui permettent d'évoluer à cette profondeur l'esprit clair et d'optimiser sa décompression. Les règles changent : on ne peut plus remonter en cas de problème et redescendre pour effectuer les paliers. Remonter un plongeur en cas de difficulté ne peut être fait que dans le respect de sa propre décompression. Nous sommes aux limites de la plongée loisir et les risques doivent être évalués avant de se lancer vers les "Abysses". Ce type de plongée est fantastique car il permet de découvrir des sites vierges, parfois explorés à l'air par des plongeurs dont l'objectif était simplement d'afficher une profondeur sur leur ordinateur de plongée mais dont l'état de conscience n'était certainement pas suffisant pour une exploration...

Les recycleurs

La plongée aux mélanges est riche d'enseignement et préfigure la plongée de demain. Rien est très nouveau. Il a simplement fallu quelques décennies pour que les plongeurs loisirs s'intéressent à de nouvelles techniques issues de la plongée professionnelle et du domaine militaire.

La Polynésie Française est un haut lieu de la plongée sous-marine. La faune récifale et les poissons pélagiques en grand nombre ne sont pas étrangers à la venue des plongeurs du monde entier. Comment faciliter les rencontres et améliorer l'approche de cette faune sauvage effrayée par les bulles des plongeurs ?

Les recycleurs, quelques bulles ou aucune bulle en fonction des modèles, permettent des approches de qualités que ne peuvent égaler nos bons vieux scaphandres autonomes.

    Il existe deux grandes familles de recycleurs :

  • Les recycleurs semi-fermés fonctionnent avec un mélange enrichi en oxygène. Le gaz inspiré est refoulé à l'expiration dans une cartouche contenant un fixateur de CO2. Une fuite constante de gaz permet le renouvellement du gaz respiré par une injection constante de Nitrox. Un recycleur semi-fermé fait environ trois fois moins de bulles qu'un circuit ouvert traditionnel.
    Cet équipement est accessible aux plongeurs niveau 3 ou Rescue Diver ayant suivi une formation Nitrox. Il est facile d'utilisation, mais nécessite un apprentissage spécifique. Son utilisation est en général limitée à 40 mètres.

  • Les recycleurs circuits fermés sont de deux types :
    • A oxygène pur utilisé par les nageurs de combat et permettant d'évoluer jusqu'à 6 mètres.
    • À injection électronique. Ce type de recycleur, dont le plus connu est le modèle CCR Inspiration (www.ambientpressurediving.com) fonctionne à l'air enrichi mais aussi aux trimix. Ses caractéristiques principales : aucune bulle, aucun bruit et un mélange fabriqué par l'appareil. Pour les initiés, il maintient une pression partielle d'oxygène constante. Plus le plongeur descend, moins le mélange est enrichi en oxygène pour éviter les risques d'hyperoxie, plus le plongeur est proche de la surface plus le mélange est enrichi. La durée des paliers est optimisée grâce à des moyens de décompression spécifiques (ordinateur de plongée multi-mélanges en circuit fermé).
Les circuits fermés à injection électronique sont des appareils dont l'utilisation nécessite impérativement une formation et de posséder au préalable un Niveau 3 de plongeur ou Rescue Diver ayant suivi une formation Nitrox Avancé. Leurs performances sont exceptionnelles : 10 heures d'autonomie théorique (6 heures réelles), aucune bulle et aucun bruit ! mais la rigueur est le maître mot pour ses utilisateurs, les risques d'hyperoxie, d'hypoxie et d'hypercapnie étant plus important qu'en circuit ouvert
L'avenir de la plongée est certainement proche de ce type d'appareil sans cesse amélioré en terme de sécurité. La perfection n'est jamais atteinte, mais le CCR Inspiration s'en approche.

Tous les amoureux de la nature, photographes, vidéastes sont les premiers destinés à utiliser cet appareil hors du commun qui permet de découvrir une autre facette du monde sous-marin.

La plongée aux mélanges connaît un essor sans précédent dans le monde, mais reste marginale en Polynésie pour des raisons de coût et un manque d'information sur le sujet. Les Centres de plongée ont du mal à évaluer les avantages de ces nouvelles techniques. La communication doit être axée sur l'augmentation de la sécurité, d'une importance primordiale en Polynésie compte tenu des temps d'évacuation en cas d'accidents de décompression. La demande pour ce type de prestation décidera certainement les centres de plongée à s'investir dans une démarche garantissant encore plus de sécurité pour les plongeurs loisirs.

Denis Lagrange

Pour plus d'informations :
info@alohaproduction.com
bluedolphins1@mail.pf