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Petite histoire du Poti

    Le Poti marara a été inventé en 1958 par Léonard Deane. Deux de ses fils, Coco et Georges, ont pris la relève dans la construction des célèbres bateaux : Coco travaille le polyester à Punaauia tandis que Georges continue la fabrication traditionnelle en bois à Arue.

    Récit de Coco…

    Jadis …

    La pêche au marara se faisait en pirogue : il y avait un rameur à l’arrière et un pêcheur à l’avant. Celui-ci tenait dans sa main gauche un flambeau fait de niau pour repérer le poisson et, dans la main droite, un harpon pour piquer le poisson. Ils avançaient tranquillement, ce n’était que de la pêche destinée à la consommation personnelle.



    Quelques années plus tard …

    … Le moteur hors-bord arriva sur le marché et fut installé sur des bateaux avec le même principe : un chauffeur à l’arrière et un pêcheur à l’avant. Cette fois-ci, à la place du flambeau en niau, une lampe à gaz et, à la place du harpon, une épuisette pour pêcher plus vite. En effet, le produit de la pêche commençait à se vendre au marché de Papeete, cela devenait une compétition, il fallait donc ramener le plus de poisson. En une nuit, les hommes pêchaient près de 100 à 300 paquets de poisson (3 poissons par paquet) soit 300 à 900 poissons par nuit de pêche.
    Mon père, qui détestait se faire battre, se mettait à « engueuler » son chauffeur à chaque fois qu’il ratait son poisson ! Et voilà, un jour il se retrouva seul et ne pouvait donc plus pêcher …

    L’idée !

    C’est alors que mon père eut l’idée d’équiper son bateau d’un manche à l’avant, relié par un câble et par des poulies, pour pouvoir tourner de gauche à droite. Comme il n’avait pas de manette d’accélération à l’époque, il attacha un bambou sur l’accélérateur manuel, ce qui lui permettait de « donner des gaz » lorsque le moteur ralentissait, et cela tout en gardant la lampe à gaz sur le manche de direction et l’épuisette dans la main droite. Imaginez l’habileté du pêcheur : conduire, accélérer le moteur, pêcher …
    Quelle stupéfaction quand ses copains le voient arriver au marché avec ses marara : mais qui est donc son chauffeur ? Et en plus, il ramène autant de poissons qu’eux ! Effectivement, la nuit précédente, ils avaient aperçu un bateau qui pêchait mais ils ne savaient pas que c’était Léonard à bord. Si vous connaissiez mon père, vous pourriez deviner qui leur en a mis « plein la g… », en rajoutant : « maintenant, je n’ai plus besoin de personne et je vais tous vous battre ».
    Je peux vous l’assurer, c’est ce qui s’est passé ! Ça c’est bien lui …


    Des améliorations

    Puis ce bateau s’est amélioré : papa installa une caisse à l’avant pour le confort du pêcheur avec une commande à distance pour accélérer et ralentir ; à la place de la lampe à gaz, un groupe électrogène pour alimenter le projecteur situé sur un casque (comme les mineurs), technique utilisée jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs.
    Le bateau était vraiment fabriqué pour faire du 360o en virage, de façon à rattraper le poisson qu’on avait manqué avec l’épuisette. Quelle rapidité : le bateau devait déjà faire 28 à 30 noeuds de vitesse en pleine pêche, c’était impressionnant !
    Dans les années 70, nous découvrons la pêche au mahi mahi, encore plus spectaculaire : un poisson qui ne plonge pas lorsqu’on le course et qu’on arrive à attraper à l’aide d’un harpon. Mon père, qui était stupéfait d’entendre ça, a sorti son poti marara puis est parti à la pêche. C’était un mercredi, je m’en souviens, car il devait m’attendre, de retour de l’école, pour que nous y allions ensemble ; je devais avoir 8 ans ou 9 ans. Ce jour-là, il ramena 3 mahi mahi pêchés au harpon !

    Bateau populaire

    C’est à partir de ce moment que « son » bateau devint populaire, car tous les pêcheurs de marara se mirent à pêcher le mahi mahi, s’équipèrent de moulinet pour pêcher du thon et de l’espadon à la traîne et commencèrent à pêcher à la palangre verticale. Mon père s’était rendu compte que, grâce à son invention, plusieurs familles pouvaient en vivre et en faire une activité professionnelle, tandis que d’autres en commandaient pour s’amuser le weekend.
    D’autres entreprises s’étaient mises à construire des poti marara en bois, des sociétés s’étaient également lancées dans la construction de poti marara en polyester. Les concessionnaires de moteurs sur la place bénéficiaient de cette évolution, aussi bien que tous les constructeurs. En ce qui me concerne, après avoir pris la relève, je me suis mis à équiper le poti marara de moteur diesel (année 83) car le prix de l’essence devenait inaccessible et nous devions trouver une solution pour continuer le développement de cette activité.

    Aujourd’hui …

    … Les pêcheurs en poti marara bénéficient de gasoil détaxé et d’autres avantages dans leur profession qui leurs permettent de continuer leur métier. Nous pouvons voir aussi beaucoup de plaisanciers qui s’en offrent un rien que pour le « fun » le week-end, pour suivre les courses de pirogue ; quelques pensions de famille, en plus de l’activité pêche, utilisent le fameux poti marara pour le transport touristique. Quelle belle invention, n’est-ce pas ?