Perle : un an pour relancer la filière

La perle de culture est dans une impasse. Les professionnels sont acculés et n’ont pour une des premières fois dans l’histoire de la perle de Tahiti, d’autre choix que de se concerter et se discipliner.
Suspension de la DSPE, mise en place d’un comité de pilotage, création de la Maison de la Perle, dissolution du GIE Perles de Tahiti : l’actualité a été chargée pour le secteur en 2008-2009. Le Ministère des Ressources de la mer s’est donné un an pour relancer et restructurer la filière perlicole.
Comme la pêche hauturière qui bénéficie d’un schéma de réorganisation globale, la perle de culture de Tahiti fait l’objet d’un plan de relance. Du nucléus jusqu’à la commercialisation, toutes les étapes ont été revues et corrigées par un ministère dont le but est de mieux maîtriser la production, en concertation avec les professionnels. Le mot d’ordre est « L’union fait la force », dans un secteur où les intérêts personnels et les divergences ont toujours primé. « L’heure n’est plus aux individualismes, au chacun pour soi. Il faut se regrouper et se concerter encore et toujours car ce n’est qu’ensemble que nous relèverons le défi ».
Un record tristement historique
Le plus préoccupant est incontestablement la dégradation du prix moyen au gramme des perles brutes. La suspension du DSPE, votée en août 2008, a engendré un écoulement massif de perles de mauvaise qualité. Loi du marché oblige, la surabondance de perles à l’export a ainsi contribué à la chute du cours de la perle.
En 2008, le prix moyen au gramme a été de 952 Fcfp (contre 1 393 Fcfp en 2007) pour des exportations qui se sont élevées à 10,9 tonnes (pour 6 639 020 perles). Sur les huit premiers mois de 2009, le prix moyen au gramme continuait sa dégringolade jusqu’à 497 Fcfp contre 1 135 Fcfp un an auparavant (source : Douanes). L’absence de promotion a de plus contribué à faire perdre à la perle de Tahiti son rang et une partie de sa notoriété à l’étranger. Par voie de conséquence, nombre d’entreprises perlicoles rencontrent de graves difficultés financières (plus de 40 % de l’encours des perliculteurs est en compromis au niveau des banques polynésiennes). C’est d’ailleurs en grande partie cette quête « d’argent frais » qui incite les professionnels à brader leurs perles.
Une relance bien orchestrée
À situation de crise correspondent des solutions et un plan d’urgence. Les pouvoirs publics ont repris les rênes en main. Ce qui n’est pas pour plaire à tous les professionnels dont certains accusent le Pays de vouloir contrôler l’ensemble de la filière au profit des gros producteurs. Ce à quoi le Ministre répond : « Toutes nos décisions sont prises après concertation avec les professionnels à travers un comité de pilotage, qui regroupe les représentants de toutes les organisations professionnelles de la filière (syndicats, GIE, associations).
Nous sommes passés à un rythme d’une réunion tous les quinze jours. Le dialogue est rétabli dans un secteur qui était très divisé auparavant. Je compte par ailleurs
officialiser cette instance de pilotage de la filière par la création d’un Conseil de la Perliculture. J’ai élaboré, avec mon équipe, après avoir écouté l’ensemble des représentants des professionnels, un plan de relance de la filière perlicole. »
La Maison de la Perle, clé de voûte de la relance Le plan de relance prévu concerne l’ensemble de la filière, avec pour élément clé l’établissement Maison de la Perle, qui centralisera toutes les activités associées à la nouvelle organisation. Au stade de la production, tout d’abord, les nouvelles règles prévoient que les professionnels s’approvisionnent en nucléus auprès d’une structure de distribution sous le contrôle du pays et respectent un quota de production en fonction de la taille de leur concession. Le nombre de producteurs et la surface de production sont par ailleurs limités par île, par la mise en place d’un numerus clausus.
Au niveau de la pré-commercialisation, la Maison de la perle constitue dorénavant le passage obligé. Cette entité, composée d’experts neutres et agréés, aura notamment pour fonction de contrôler, de trier et de labelliser l’ensemble de la production, après quoi il sera délivré aux producteurs un certificat contenant le détail de la classification ainsi qu’une estimation de leur lot. S’agissant enfin de la commercialisation, la production ne pourra désormais être vendue qu’aux titulaires d’une licence de commercialisation (marché local, export, artisans et bijoutiers). Aussi, pour toute opération de vente de perles, sur le marché international ou local, l’acheteur devra conserver une copie du certificat de la Maison de la perle ainsi que la facture du producteur.
Une phase transitoire
Pour tenir le choc - aggravé par la crise internationale - et le temps de mettre en place la nouvelle organisation, il a été négocié avec les banques un moratoire bancaire d’une durée d’un an sur les créances professionnelles des perliculteurs, producteurs et négociants. Ce dispositif qui fait l’objet d’une loi de Pays est également accompagné d’un moratoire sur les créances fiscales et sociales, dont les termes précis sont en discussion avec la CPS.
En attendant la construction de la Maison de la Perle, prévue pour 2011, des locaux provisoires ont été construits en centreville de Papeete, à proximité du parc Hokulea, pour héberger les activités de tri et de classification des perles, en novembre 2009. « Cette Maison de la perle transitoire disparaîtra au profit de la Maison de la perle dont le bâtiment devrait être livré courant 2011. Il s’agit là d’un élément clé du dispositif de centralisation. Cela va de pair avec un renforcement des contrôles à tous les niveaux du circuit économique. » Sans contrôle, point de salut…
Pour garantir le succès de cette nouvelle organisation, des contrôles réguliers seront effectués avec des sanctions sévères à la clé en cas de non-respect des règles. Globalement, il s’agit de revoir l’ensemble de la réglementation perlicole afin de la rendre plus lisible, plus efficace, et de renforcer significativement les sanctions. « Cela demande également de la discipline car il ne sert à rien de mettre en place des règles si celles-ci sont contournées. Raison pour laquelle nous n’hésiterons pas à sanctionner ceux qui s’écartent de la réglementation en vigueur. C’est d’ailleurs le souhait de la plupart des professionnels… » Des premières évolutions réglementaires ont par ailleurs été menées :
interdiction d’importation de fausses perles, définition précise des cas de révocation des concessions maritimes… Elle doivent être suivies par la mise en place des modalités de distribution de nucleus, la création de licences de commercialisation, l’évolution de la réglementation concernant les greffeurs étrangers afin de favoriser l’emploi polynésien…
Promotion : redonner confiance
Toutes les mesures engagées à ce jour n’ont qu’un seul objectif : faire remonter le cours de la perle… « Tant que nos perles seront vendues en deçà du prix de revient producteurs, les difficultés économiques des entreprises de la filière persisteront. » Une fois cette première étape de réorganisation de la filière menée, celle-ci devant aboutir à retrouver un cours acceptable, il s’agira ensuite de contribuer au développement de la filière, par l’identification de nouveaux débouchés commerciaux et l’utilisation de nouveaux canaux des commercialisation… En l’absence de GIE Perles de Tahiti, qui a été dissout à l’amiable et dont la dette a été épurée par le Pays (80 millions Fcfp), une option de remplacement doit être imaginée. « Un cabinet européen spécialisé va réaliser un audit et proposer des pistes pour relancer l’activité de promotion, à Hong Kong, aux États-Unis et en Europe. Cette mission de promotion sera confiée à la future Maison de la Perle. »
Après des mois de joutes politiques autour du Droit spécifique sur les perles exportées (DSPE), un projet de loi de Pays a été adopté, jeudi 23 octobre 2009, à l’unanimité à l’assemblée de la Polynésie française.
À partir du 1er décembre 2009, un DSPE a minima, de 50 Fcfp la perle, est rétabli afin de contribuer au financement de la réorganisation de la filière. L’intégralité de la taxe à l’exportation bénéficiera au secteur perlicole, et servira notamment à relancer la promotion sur les marchés extérieurs. « Compte tenu de la situation budgétaire du Pays en 2009 et dans l’attente d’une embellie économique, la puissance publique ne peut pas tout assumer. D’où le maintien d’un DSPE à taux réduit pour une période transitoire, et ce pour financer la réorganisation de la filière. »
